Chronique d’un élu étudiant – Engagement N°31 – Mai 2018

« Dans la vie, il n’y a ni méchant ni gentil disait Stromae. Et même si je ne me demande pas où est mon papa, parfois je me m’interroge sur quel côté de la ligne je suis. Par exemple, est-ce vraiment méchant de ne pas laisser ma place assise dans le bus alors que je suis en bonne santé mais seulement fatiguée de ma garde ? Ou seulement égoïste alors que tout le monde le fait ? C’est difficile de savoir si l’on fait le bien ou le mal, si nous sommes quelqu’un de bon ou de mauvais, pour soi, comme pour les autres.

Aujourd’hui, alors que je tractais pour ma liste, j’ai vu ces deux étudiants batailler l’un contre l’autre. Chacun voulait la même chose : le bien des étudiants. Cependant, ils n’étaient pas d’accord sur la manière dont était considéré ce fameux « bien-être des étudiants ». L’un s’opposait fermement à la fusion des universités tandis que l’autre y voyait une réelle opportunité. Les arguments fusaient, tout comme le ton montait. Puis, s’ensuivit un dialogue de sourd, jusqu’à ce que l’un insulta l’autre. L’autre répliqua et mis une tape à son opposant. Les étudiants qui tractaient pour chacune des listes ont séparé les protagonistes. Et moi, j’étais là, perdue. Dans ce brouhaha, je me suis demandée «Pourquoi ?». Pourquoi en arriver là ? L’un des étudiants faisait partie de ma liste pourtant je ne savais plus à ce moment là si ce que je faisais était bien ou mal. Je ne comprenais pas que deux listes étudiantes qui avaient, sur le fond, un même objectif, ne pouvaient pas se mettre d’accord sur la forme. Pourtant les lois sont identiques et les règlements sont égaux. Alors pourquoi ne pas s’allier et former une force étudiante ?

J’ai décidé de sortir des couloirs dans lesquels j’étais. Les tracts volaient dans les cours, et nos affiches collées le matin même étaient déjà remplacées par celles de nos adversaires. Mes potes, associatifs comme moi, étaient en train de recoller les nôtres par dessus. Tout le monde parlait encore sur cette altercation dénuée de sens à l’intérieur entre l’amphi A et B, et cela me fatiguait. Quand j’ai décidé de m’inscrire sur les listes, je croyais faire quelque chose de bien et de bon pour les étudiants. Je voulais m’engager et offrir de mon temps pour donner du sens à notre propre condition. Mais là, je doute. Je doute de l’exemple qu’a montré ma liste et des valeurs qu’elle dit défendre mais qui ne sont pas respectées. D’autant plus que les autres listes étudiantes voulaient la même chose, alors pourquoi nous sommes nous divisés jusqu’à en venir aux mains ? La violence ne faisait pourtant pas partie de nos programmes électoraux.

« Cam ! Il y a besoin de monde à l’intérieur, t’es dispo là pour y aller ? Hugo s’est pris une claque tout à l’heure mais l’autre liste a finalement été virée pour ça ! On a la voie libre ! Viens ! »

Est-ce donc ça la démocratie étudiante ? Jouer à qui craquera le premier pour nous laisser « la voie libre » ? Alors oui, c’était l’autre qui a tapé en premier, mais Hugo a répondu de cette claque. La maîtresse en a mis un au coin ; bienvenue à l’école maternelle ! L’un comme l’autre ne mérite pas d’être élu d’une telle manière. Ce n’est pas juste. Ce n’est pas bien. Si j’avais été maîtresse, je leur aurais donné à tous les deux une gommette rouge. Mais si je donnais une gommette rouge à Hugo, alors je savais que je ne pourrais pas accomplir ce dans quoi je voulais m’engager.

À la fin de la journée, j’étais épuisée de ce jour d’élection et de nouveaux questionnements me brouillaient l’esprit. Ce soir, nous devions fêter les résultats et notre victoire mais je ne savais pas si c’était quelque chose de bien. De toute façon, ça ne pouvait pas être pire que les autres années où notre représentation étudiante était mauvaise, voire absente.
Aujourd’hui, il y a eu 6% de votants ; ce qui signifie que 94% des étudiants ne se sont pas prononcés sur la manière dont ils voulaient leur université.

« Aller viens Cam ! On a bien bossé aujourd’hui ! On a gagné 3 sièges sur 5 ! Tu veux boire quoi pour fêter ça ? Je te le paie ! »

Gagner ? Une victoire de représenter seulement 6% des étudiants ? J’ai mal à ma démocratie.

Je ne sais pas si la manière dont j’ai été élue, la manière dont la démocratie se construit à l’université est bonne ou mauvaise. Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de changer ces choses-là. Au final, ce qui s’est passé aujourd’hui, ce ne sont pas mes valeurs et c’est à moi, nouvelle élue de faire en sorte que la justice, l’égalité et la tolérance soit rendue pour les prochaines élections ; de faire en sorte que les étudiants s’intéressent à leur représentation étudiante, qu’ils aillent voter ; de faire en sorte de collaborer avec mes opposants pour que nous puissions former une force, ensemble, pour les étudiants. Les idéaux divergent et c’est dans le débat et l’écoute de l’autre que nous devons ensemble construire l’université de demain. Un nouveau mandat attaque pour nous, les sept nouveaux élus centraux. Il est temps que nous fassions notre maximum pour que la représentation étudiante soit et que la démocratie à l’université puisse se nommer véritablement ainsi».

Camille Ferret, Vice presidente en charge des Elections et Suivi des Elus 2017 – 2018

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