Ethique à l’international : Où en sommes-nous ? – Engagement N°25 – Décembre 2015

Pour la rentrée 2015, les Australiens ont pu donner leur avis sur une mesure plus que symbolique : la possibilité d’offrir à des couples “normaux” le recours à une fécondation in vitro (FIV) doublée d’un diagnostic préimplantatoire (DPI), ceci dans le but unique de pouvoir choisir le sexe de leur progéniture ; ce que les experts australiens appellent pudiquement une “sélection du sexe pour motifs non médicaux”. La technique en elle même est maîtrisée depuis plusieurs années et on y a recours régulièrement pour les couples ayant des problèmes de fertilité ou porteurs d’anomalies génétiques ; c’est le cas par exemple, pour les familles risquant de voir se développer chez les garçons une maladie génétique grave liée au chromosome X, comme l’hémophilie ou la myopathie de Duchenne.

Jusqu’ici, les autorités éthiques australiennes estimaient rigoureusement que “l’entrée d’un enfant dans la vie ne devait pas être conditionnée par son sexe”, sauf si cela devait empêcher “le risque de transmission d’une maladie génétique grave”. Alors pourquoi le NHMRC (National Health and Medical Research Council) sembleNtNil vouloir changer son fusil d’épaule ? D’une part, les couples australiens désireux de choisir le sexe de leur enfant sont de plus en plus nombreux à opter pour le tourisme procréatif, quand ils en ont les moyens. Ils se rendent dans les pays autorisant la “sélection du sexe pour motifs non médicaux” comme certains états des EtatsN Unis, la Thaïlande, ou encore Chypre.

Or, certaines de ces cliniques n’offrent pas la même qualité de soin qu’en Australie ; l’autorisation de cette pratique serait donc “une manière d’accompagner une évolution inéluctable de la société, tout en garantissant une meilleure sécurité aux mères et aux bébés” selon le NHMRC. Il s’agirait également de permettre le “rééquilibrage” des familles après la naissance de plusieurs enfants du même sexe ; une sorte d’évolution vers la position israélienne qui autorise le recours au duo FIV DPI si les quatre premiers enfants sont tous du même sexe. L’Australie ne semble pas craindre une dérive du sex ratio telle qu’on l’a observée dans certains pays d’Asie (Chine, Inde), dont la préférence culturelle pour les garçons a pu mener à un nombre important d’avortements sélectifs de fœtus, suite à une détermination échographique d’un fœtus de sexe féminin.

Néanmoins, le texte averti sur “la possibilité qu’une telle sélection renforce les stéréotypes de genre et crée une pression sur la personne née pour qu’elle se conforme aux attentes parentales concernant le genre”. Enfin, le texte questionne ses lecteurs : jusqu’où irons nous au nom de la liberté de choix des parents ? Si on commence par le sexe, on continue par la taille, les performances sportives ou physiques et on termine cette quête du bébé parfait par la sélection des embryons au meilleur potentiel intellectuel… D’ailleurs, des expérimentations récentes ont augmenté les capacités intellectuelles de souris en modifiant la séquence de leur ADN. Seraient elles acceptables dans l’espèce humaine ? Une enquête internationale à paraître révèle des différences considérables entre pays à propos de l’acceptation de “l’eugénisme intellectuel”.

La France, comme une grande partie de ses homologues européens, interdit l’usage du DPI ; d’autre part, seulement 13 des Français jugent positive l’augmentation du quotient intellectuel (QI) des enfants en agissant sur les fœtus, alors que respectivement 38 et 39 des Indiens et des Chinois y sont favorables ! La première manipulation génétique portant sur 86 embryons humains a d’ailleurs été menée en Avril par des scientifiques chinois. Cette perspective est vertigineuse et effrayante, mais la pression sociale pour faire du “neuro enhancement” (augmentation cérébrale) va aller croissant avec le développement de l’intelligence artificielle (“ne pas se laisser dépasser par les machines”).

Les pays où régnera un consensus sur l’augmentation cérébrale des enfants pourraient, lorsque ces technologies seront au point, obtenir un avantage géopolitique considérable dans une société de la connaissance. Le philosophe Nic Bostrom, de l’université d’Oxford, estime que la sélection des embryons après séquençage permettrait, en quelques décennies, d’augmenter de 60 points le QI de la population d’un pays. En ajoutant la manipulation génétique des embryons, on pourrait obtenir une augmentation encore plus spectaculaire.

Léna BLANCHARD – VP Relations internationales 2015 – 2016

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