30 mars 2011

Historique

> Historique de la profession Sage-femme

Le caractère sacré des sages-femmes comme celui des médecins semble prédominer toute raison humaine. La guérison ou l’heureuse naissance attribués aux rites, aux incantations, aux exorcismes et aux breuvages des sorciers et des magiciennes, conféraient à ceux-ci un pouvoir surnaturel qu’ils détenaient des dieux eux-mêmes et à qui ils s’identifiaient.

Ceci explique le prestige et la vénération dont ils jouissaient et l’autorité croissante qu’ils prirent dans les religions antiques. Ils devinrent les prêtres et les prêtresses des cultes des divinités qui président à tous les actes de la vie.Ils détenaient secrètement les rites et l’enseignement qu’attestent des textes anciens et la persistance de certaines coutumes.

La sage-femme est de toutes les collectivités humaines, la figure la plus universellement connue, mais son rôle historique et sa contribution à l’édification de l’art obstétrical sont les plus méconnus de notre temps. Cependant, son passé riche de sacrifices et de gloire, en fait depuis toujours la « protectrice de la mère et de l’enfant » à la fois médicale et sociale.

I – L’Egypte Antique

L’Egypte, dont la civilisation fût la plus rayonnante des temps antiques, donnait à la femme une place de choix, juridiquement, intellectuellement et moralement. Les filles égyptiennes étaient fiancées dès leurs premières années et mariées à 15 ans. les femmes étaient fécondes et il était fréquent de voir des familles de 8 à 10 enfants. Dans un pays où la natalité était aussi dense et dans une société où la femme hautement considérée occupait une place prépondérante, les sages-femmes, à l’instar des médecins, détenaient probablement une position privilégiée et respectée.
L’obstétrique, partie intégrante de la médecine, conserva longtemps un caractère sacré. Dès les temps prédynastiques, elle est pratiquée par des sages-femmes prêtresses et ce sont des divinités féminines qui sont évoquées par les femmes en cas de danger.
HATHOR (mère et/ou épouse du Dieu faucon Horus), ISIS (déesse des mariages et de la fécondité, soeur et épouse d’Osiris) ou ISIS-HATHOR (dont le culte donnait lieu à des réjouissances grandioses dans toute l’Egypte) est la maitresse sage-femme de l’équipe obstétricale divine (les 7 Hathors). Chacune y occupe une fonction bien déterminée. A Enesh, elles sont intitulées : « les habitantes du Nord qui font le charme de l’accouchement pour la mère ». Elles s’apparentent aux bonnes fées marraines de notre Moyen-Age.

Profondément religieux, traditionalistes, les Egyptiens conservèrent toujours à la médecine et à l’obstétrique le caractère magique des origines, mais, avec le temps, elles perdirent peu à peu leur caractère sacerdotal; il semble qu’alors une médecine laïque se soit instaurée, car des corporations de sages-femmes et de médecins existaient déjà antérieurement à l’exode (vers 1230 avant J.C.).
C’est dans les temples qu’initialement la médecine et l’Obstétrique furent enseignées. A ceux-ci furent annexés assez tardivement les Maisons de Vie ( Memphis, Abidos…). Ces maisons étaient les centres d’enseignement des études religieuses, magiques, médicales, astronomiques, astrologiques et scriptorius.
C’est aux chefs de la corporation des sages-femmes égyptiennes SIPHRA et PUA, que pendant la période de répression contre les Hébreux (dès 1320 avant J.C.) PHARAON donna l’ordre d’exterminer les enfants mâles. « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux et que vous les verrez sur les sièges, si c’est un fils, vous le ferez mourir; mais si c’est une fille, qu’elle vive. Mais les sages-femmes craignirent Dieu et ne firent pas ce que le roi d’Egypte leur avait dit : pourquoi avez vous fait ainsi, et avez vous laissé vivre les garçons ? Et les sages-femmes répondirent à PHARAON : c’est que les femmes des Hébreux ne sont point comme les égyptiennes car elles sont vigoureuses; avant que la sage-femme arrive auprès d’elle, elles ont accouché. Et Dieu fit du bien aux sages-femmes; le peuple se multiplia et devint très nombreux. Et parce que les sages-femmes craignirent Dieu, il fit prospérer leurs maisons » (La Bible, Op. Cit. Exode)

II- La Grèce Antique.

Elles devaient, pour exercer ce noble office, avoir donné des preuves de leur fécondité et en avoir passé l’âge. Ceci pour honorer ARTEMIS, déesse des accouchements.
La jeune fille grecque est mariée à 25 ou 26 ans et il importe, dans toute la Grèce que le mariage soit bien assorti pour engendrer de vaillants citoyens.
La déesse HERA préside à cette union pour laquelle les sages-femmes sont consultées. Elles « savent parfaitement quelle femme il faut accoupler à quel homme pour avoir les enfants les plus parfaits » car « l’art de semer et de récolter ne sont pas différents « C’est un avis médical que l’on sollicite d’elle et les sages-femmes qui sont des personnes respectables évitent de s’entremettre pour les mariages… » ; »pourtant, c’est bien aux véritables accoucheuses et à elles seules qu’il appartient de bien assortir les mariages ».

Encore à l’époque d’HIPPOCRATE, aucune sage-femme « n’accouche d’autres femmes tant qu’elle est encore capable de concevoir et d’enfanter ». « Cet usage vient dit-on d’ARTEMIS qui a été chargée de présider aux accouchements sans avoir jamais enfanté. Elle n’a donc pas permis aux femmes stériles d’être des sages-femmes, parce que la nature humaine est trop faible pour exercer un art dont elle n’a pas l’expérience; ainsi est-ce aux femmes qui ont passé l’âge d’enfanter qu’elle a confié cette charge, pour honorer la ressemblance qu’elles ont avec elle »

SOCRATE, le plus illustre des philosophes de l’Antiquité s’enorgueillissait d’être « le fils d’une très vaillante et vénérable sage-femme PHENARETE, il comparait sa doctrine philosophique à l’art des accouchements; il lui donnera de ce fait, le nom de « Maïeutique ».Les sages-femmes participent au progrès médical en gestation depuis plusieurs siècles, car encore à l’époque où vivait HYPPOCRATE, aucun homme, fut-il le « père de la Médecine » ne pouvait répondre aux critères religieux exigés pour l’exercice de l’art obstétrical et les lois athéniennes concernant les femmes étaient rigoureuses. Plus tard, à la faveur de l’altération des moeurs, de la religion et de la condition devenue défavorable des femmes, les hommes s’immiscèrent dans la pratique des accouchements et s’initièrent à la médecine des femmes. « L’obstétricie » grecque rayonnera dans le bassin méditerranéen pendant plusieurs siècles. Rome en sera l’héritière; les Hébreux et plus tard les Arabes s’en inspireront largement. Elle ressurgira en France au Moyen-Age.

III- Les Hébreux

Dans la société hébraïque biblique, la femme, comme chez la plupart des peuples orientaux à cette époque, est considérée comme un être inférieur qui vit sous l’autorité absolue du père ou du mari, dont les droits sur la famille sont très étendus.
Comme dans toutes les sociétés antiques, et en vertu des principes religieux, les Hébreux ne permettaient pas aux hommes de soigner leurs épouses. Ainsi, voyons-nous près d’elle comme ailleurs, des femmes plus évoluées qui semblent jouir d’une exceptionnelle considération et former une classe privilégiée sur laquelle plus de précisions sont données à l’époque talmudique (de 400 ans avant J.C. jusqu’à l’an 500). Ce sont les sages-femmes que les « Ecritures Sacrées » mentionnent en divers passages et à l’occasion de graves circonstances.
Les femmes des Hébreux, de constitution robuste, accouchaient facilement.Le plus souvent, d’après les « Ecritures Sacrées », les sages-femmes ne semblent intervenir que pour des accouchements dystociques ou anormaux (sièges, gémellaires,complications sur un accouchement normal…). Pour les Hébreux, les sages-femmes remonteraient à l’origine de leur race et bien avant leur séjour en Egypte, « l’industrie obstétricale » était exclusivement entre leurs mains. Elles s’étaient constituées en corporation.

Mais lorsque le peuple hébraïque se fut installé en Egypte, et que PHARAON, inquiet de sa trop grande prolifération conçut l’homicide pensée de faire tuer tous les enfants mâles, ce n’est pas aux chefs de la corporation des sages-femmes hébraïques qu’il remit son ordre criminel car il s’en méfiait.
L’expérience et le savoir dont les sages-femmes hébraïques firent preuve en certaines circonstances décrites dans la Bible nous autorisent à nous demander comment elles recevaient l’enseignement de leur art. On ne peut que supposer qu’il se transmettait de mère en fille ou de sage-femme à une autre femme par analogie à l’enseignement de la médecine en Egypte à cette époque.

IV- La Rome Antique.

Tout au début de son histoire, Rome instaure des Dieux, des demi-dieux et des héros. A l’art des accouchements président des déesses. JUNON-LUCINE, la sage-femme divine, incarne la vie et la lumière. Elle préside au Matronalia. Elle est honorée sous un vocable différent par les femmes tout au long de leur vie génitale et des diverses phases de l’accouchement.
Dès l’origine de Rome, le tyrannique patriarcat romain pèse lourdement sur la femme dont l’infériorité est totale. Le père règne en maître absolu, le mariage est un devoir civique et religieux, une fille est en général mariée à 17 ans. Enfanter est tout ce que l’on attend alors d’elle.

Si l’on en croit PLINE,il n’y eut à Rome, pendant 600 ans, pas ou peu de médecine, confinée dans un obscurantisme ancestral. La domination romaine imposée aux Grecs permis à ceux-ci d’amener progressivement leur médicine et d’imposer dans la Péninsule une culture plus évoluée et civilisatrice Les sages-femmes romaines nommées « medica » ou « Maïa » étaient organisées en corporation (nobilitas obstetricum). De nombreuses sages-femmes grecques y furent intégrées.
Les jurisconsultes romains en regard de la consideration dont jouissaient les sages-femmes inclurent à leur législation, des édits les concernant : dans les cas de divorce, lorsqu’il y avait contestation sur l’état gravidique de la femme, le Prêteur était tenu de demander l’avis de trois sages-femmes.

Moschion, élève de Soranus, médecin grec et un des rares accoucheurs de son temps écrit qu’il existe à Rome deux catégories de sages-femmes, les unes inexpérimentées, qui agissent dans ce qui est selon la nature, et les autres qui savent tout ce qu’elles doivent connaître qui agissent dans ce qui est contre nature , c’est à dire dans les cas difficiles. Il est probable que l’on réclamait encore des sages-femmes d’avoir fait l’expérience de la maternité, mais contrairement à l’opinion répandue, Soranus ne l’estime pas exigible, car dit-il « une femme qui a déjà accouché sera moins compatissante que celle qui n’est pas mère. »

C’est à Soranus et à Moschion que nous sommes redevables de la connaissance de l’enseignement requis des sages-femmes romaines et de leur niveau intellectuel, en même temps que celle de la pratique obstétricale, au 1er siècle de notre ère. Ils ont certes, beaucoup emprunté aux écrits de l’école post-hippocratique, à Aspasie (sage-femme grecque célèbre pour ses écrits), à la pharmacopée égyptienne, mais ils méritent d’avoir, avec clarté, précision et classification, rédigé un « Traité d’Obstétrique ».

Cet art devait demeurer à ce stade pendant quelques siècles encore, puis régresser et, avec la décadence de l’Occident, retomber dans l’empirisme et dans l’ignorance.

IV- Le Moyen-âges

Dans le haut moyen-âge, après l’effondrement de l’empire romain et la conquête de Clovis, roi des Francs, se déchaine dans notre pays la barbarie. Invasions, guerre fratricide, lutte atroce, persécutions, pillages sont le lot commun.

L’art médical n’échappe pas à ces nouvelles règles. Dans les monastères fondés dès le Vème siécle, sont conservés quelques rudiments de médecine et d’apothicairerie. L’art des accouchements subit la même détérioration. Il est alors probablement pratiqué par des descendantes des druidesses. Réfugiées dans les forêts ou en des lieux retirées, elles furent identifiées à des fées; puis, christianisées, on les baptisa « sorcières » pour mieux les exterminer.

Parallèlement à la médecine des monastères, dès le Xième siècle, apparurent les « mires » sorte de médecins laiques, guérisseurs, dont les femmes « les miresses » ou mirgesses » pouvaient probablement pratiquer librement les accouchements.
Dans les villes, il semble que les sages-femmes aient constitué un corps médical, une communauté reconnue officiellement, car elles étaient requises comme expertes avec des médecins et des chirurgiens lors de procédures dites « lits de justices ». Elles sont désignées comme « matrone jurés ».Jusqu’au XIVème siècle, dans les campagnes, la vie est une lutte quotidienne, et la mort d’une femme ou d’un enfant est acceptée comme l’expression de la volonté divine.
Les accouchements sont pratiquées par des matrones (autrement appelée ventrière). La matrone, souvent fort agée, aussi inculte que ses congénères, est désigné par l’ensemble des femmes de la paroisse en présence du curé. Il lui suffisait de présenter un certificat de moralité décerné par le prêtre, être bonne chrétienne et savoir baptiser même in-utéro. Pas le moindre rudiment de connaissance obstétricale n’était demandé. Sa mission est avant tout de sauvegarder les principes religieux et la discipline ecclésiastique. Il était fréquent que beaucoup de ces femmes n’est même jamais assisté à un accouchement avant leur « nomination ».
Magico-religieuses, leurs pratiques semblent manifestement criminelles. La mortalité infantile est telle, que seul 25% des nouveaux-nés pouvaient esperer devenir adulte. Que d’enfants morcelés, mutilés et de femmes sacrifiées !

Il faut attendre 1757, qu’une sage-femme devenue célèbre, Madame Le Boursier du Coudray, jette un cri d’alarme et se fasse entendre par un appel à plus d’humanité.

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