Contribution – Intérêt de la recherche en maïeutique
La maïeutique française se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire disciplinaire. Profession médicale à part entière, reconnue comme telle par le Code de la santé publique [17], la·le sage-femme a vu ses compétences cliniques considérablement élargies au cours des deux dernières décennies [2][20][29]. Pourtant, malgré cette évolution juridique et professionnelle remarquable, le développement d’une culture de la recherche propre à la discipline demeure insuffisant, et se trouve même être structurellement entravé.
Cette situation est paradoxale : à l’heure où la médecine fondée sur les preuves constitue le socle de toute pratique de santé de qualité [45], la maïeutique française peine encore à produire les données probantes nécessaires à l’amélioration des soins qu’elle prodigue aux femmes et aux nouveau-nés, et à la légitimation de ses compétences et à son affirmation comme discipline scientifique à part entière. Les avancées récentes — la création de la section 90 du CNU en 2019, la réforme de la formation par la loi du 25 janvier 2023 [9] ouvrant la voie à un troisième cycle et à la thèse d’exercice, et l’intégration universitaire en cours — constituent des signaux encourageants, mais restent insuffisants s’ils ne s’accompagnent pas d’une volonté collective et structurée de développer la recherche en maïeutique.
Cette contribution vise à démontrer la légitimité et l’urgence de ce développement. Pour cela, nous examinerons d’abord la place croissante de la recherche dans la formation initiale en maïeutique, avant d’analyser les freins structurels et culturels qui en entravent l’accès. Nous montrerons ensuite l’impact concret que la recherche exerce sur la qualité de la formation et des pratiques cliniques, et nous situerons enfin la France dans une perspective internationale qui révèle l’ampleur du retard à combler. Il s’agit, en définitive, de plaider pour que la recherche en maïeutique cesse d’être perçue comme un horizon lointain et devienne le fondement ordinaire d’une profession pleinement universitaire, scientifiquement reconnue et tournée durablement vers l’amélioration de la santé des femmes.
Alana Bouvier,
Vice-Présidente chargée de l’Enseignement Supérieur
et de la recherche, 2025-2026
